Publication scientifique & identité numérique

La communication scientifique

La communication scientifique s'est radicament transformée ces dernières années : les revues scientifiques autrefois disponibles sous format papier sont désormais massivement (et souvent nativement et uniquement) sous format numérique, dans un contexte de généralisation d'Internet qui bouscule les anciens modes de communication (entrepôts d'archives ouvertes, réseaux sociaux personnels et académiques, etc.).

Historiquement, l'information scientifique et technique (IST) était diffusée par des éditeurs scientifiques commerciaux ou non (sociétés savantes par exemple) signant des contrats avec les auteurs producteurs de cette information. Au fil du temps, plusieurs de ces sociétés éditoriales ont mené des stratégies commerciales agressives qui les ont conduites en situation oligopolistique : Reed Elsevier - devenu RELX Group en février 2015, Springer/MacMillan/Nature Publishing Group, Wiley Blackwell, Thomson Reuters, Wolters Kluwer et Informa (Taylor & Francis) se partagent désormais la majeure part d'un marché de l'IST devenu extrêmement profitable.

Ces groupes imposent des conditions financières déséquilibrées, aussi bien aux auteurs qu'aux entités publiques qui s'abonnent à leurs publications (principalement les bibliothèques universitaires), et ce d'autant plus que les outils d'évaluation de la recherche (d'où dépendent les crédits) se basent sur des analyses bibliométriques issues d'outils appartenant à ces mêmes groupes (Web of Science, WoS, propriété de Thomson Reuters ou Scopus, propriété de Elsevier).

Ainsi, les publications scientifiques, mais désormais également les données de la recherche, tendent à devenir un bien marchand comme un autre, dont les éditeurs commerciaux "for profit", qui non seulement ne participent en rien à leur production mais qui, de plus, ne rémunèrent pas les scientifiques qui les produisent, tirent de substantiels bénéfices.

La bibliométrie

Malgré d'évidents travers, les outils de bibliométrie (basés sur les indicateurs fournis par l'exploitation statistique des publications scientifiques) se sont généralisés ces dernières années comme outils d'évaluation de la science et des chercheurs, créant une situation paradoxale pour la recherche financée sur fonds publics.

Parallèlement, on assiste à une explosion et une internationalisation croissante du nombre de revues scientifiques et de publiants, au point qu'il est désormais impossible aujourd'hui de dénombrer précisément le nombre de revues "peer reviewed" existant. Les outils bibliométriques de référence travaillent sur des corpus de revues importants (18 000 titres dans Scopus en 2014, 12 000 dans le WoS) mais fermés, ne reflétant qu'imparfaitement la diffusion réelle et l'impact des travaux publiés.

Face à cette situation, de nouveaux outils de mesure de l'audience et de l'impact des publications apparaissent, comme les Altmetrics.

Le site du Cirad détaille les principaux indicateurs de notoriété associés aux publications scientifiques actuelles.

L'dentité numérique

Les nouveaux modes de diffusion de la production scientifique entrainent un besoin d'identification univoque des auteurs et des institutions auxquels ils sont rattachés afin d'optimiser le référencement des publications et d'accroitre leur visibilité.

Pour lever toute ambiguïté liée à une éventuelle homonymie, et rapatrier de façon automatique sur différents sites toutes ses publications scientifiques, il peut être utile de se créer un ou plusieurs identifiant chercheur.se et d'être attentif.ve à leurs mises à jour.

Dans Hal, l'IDHal permet de se créer un CV dynamique en ligne qui s'enrichit automatiquement au fur et à mesure que les publications sont déposées dans Hal.

ORCID est "une entreprise ouverte, participative et sans but lucratif dont l'objectif est de créer et d'entretenir un registre d'identifiants de chercheurs uniques, ainsi qu'une méthode transparente pour relier les activités de recherche et les résultats à ces identifiants." Il est très facile de se créer un identifiant, qui devrait ensuite être intéropérable avec différentes bases bibliographiques et plateformes de dépôt.

D'autres identifiants existent ; si vous cherchez des informations sur leurs avantages et leurs buts, vous pouvez vous adresser à vos bibliothécaires.

Les réseaux sociaux de chercheurs

Depuis l'avénement du web dit 2.0, les réseaux sociaux de tous types se multiplient. Outre leurs pages personnelles ou institutionnelle, bon nombre de chercheurs sont ainsi présents sur des plat formes telles que les classiques Facebook, Linkedin ou Viadeo.

Certains outils de gestion bibliographiques comme Zotero et Mendeley développent également des fonctions sociales.

Plus récemment, des plates formes comme Academia (principalement en SHS) ou ResearchGate (plus axé Sciences exactes), spécialisées pour le public des chercheurs, ont vu leur fréquentation exploser. 

Également outil de dépôt (voire de diffusion) des publications, ces deux plates formes appartienent à des sociétés privées "for profit"" dont le modèle économique n'est pas encore très lisible (en témoigne l'actualité récente d'Academia.edu, par exemple).

Qui plus est, un déficit important d'information et de clarté caractérise un certain nombre de services proposés par ces plate-formes, comme, typiquement, les métriques (RG Score, par exemple).

La plus grande prudence est donc requise avant de déposer sur ces plates-formes, tant sur les droits que vous pouvez avoir de déposer vos propres articles déjà publiés par ailleurs qu'aux droits que vous concédez, peut être malgré vous, aux propriétaires de ces plates formes suite au dépôt.

L'intérêt "social" de ces plates formes est évident, mais, en matière de dépôt et de diffusion des publications, il est préférable de les utiliser comme un complément aux dépôts en Archives Ouvertes et non pas comme outil unique de diffusion.

Le réseau des URFIST a récemment publié une synthèse claire et actualisée sur cette question.


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